la balade du CLODO đŸ–„ïž

(publiĂ© d’abord en dĂ©cembre 2019)

ci-dessus: Attentat du CLODO contre une sociĂ©tĂ© d’informatique de Toulouse, le 9 avril 1980.

Comité pour la liquidation ou la destruction des ordinateurs

La nuit du 5 avril 1980, Ă  Toulouse, les locaux de la sociĂ©tĂ© Phillips Informatique sont en feu. Trois jours plus tard, on signale un incendie Ă  la compagnie d’informatique C.I.I.-Honeywell-Bull. Le procĂ©dĂ© est rudimentaire : ordinateurs, fichiers et documents ont Ă©tĂ© entassĂ©s dans le hall et brĂ»lĂ©s. Le 10 avril, c’est-Ă -dire le lendemain de l’incendie de la CII, une fausse alerte Ă  la bombe nĂ©cessite l’évacuation des locaux d’IBM, Ă  Toulouse. On fait des rapprochements avec un attentat qui avait visĂ© l’ancien siĂšge de DATA Systems le 24 novembre 1977


Tous ces attentats sont revendiquĂ©s par le Clodo, ComitĂ© pour la liquidation ou le dĂ©tournement des ordinateurs, dont les participants n’ont jamais Ă©tĂ© dĂ©masquĂ©s. Ils sont Ă©galement Ă  l’origine de l’incendie de la sociĂ©tĂ© International Computers Limited en mai 1980 et celui de CAP-SOGETI en septembre, au moment du SICOB, le grand salon parisien de l’informatique. En janvier 1983, ils font exploser le Centre informatique de la PrĂ©fecture de Haute-Garonne avec trois charges d’explosifs et, plus tard cette annĂ©e-lĂ , occasionneront de sĂ©rieux dĂ©gĂąts aux sociĂ©tĂ©s amĂ©ricaines Speery Univac Ordinateurs et National Cash Register, toujours dans les environs de Toulouse.

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We are computer workers and therefore well placed to know the present and future dangers of computer systems. Computers are the favorite tool of the powerful. They are used to classify, to exploit, to put on file, to control, and to repress.

Faced with the tools of those in power, dominated people have always used sabotage or subversion. It’s neither retrograde nor novel. Looking at the past, we see only slavery and dehumanization, unless we go back to certain so-called primitive societies. We are essentially attacking what these tools lead to: files, surveillance by means of badges and cards, instruments of profit maximization for the bosses and of accelerated pauperization for those who are rejected…

By our actions we have wanted to underline the material nature of the computer tools on the one hand, and on the other, the destiny of domination which has been conferred on it. Finally, though what we do is primarily propaganda through action, we also know that the damage we cause leads to setbacks and substantial delays.

CLODO, the Computer Liquidation & Hijacking Committee


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Le CLODO, une rĂ©sistance locale Ă  l’informatisation. Atelier donnĂ© en 2011 par CĂ©lia Izoard.

Activiste, journaliste et traductrice, elle propose une nouvelle version de 1984 de George Orwell publiée à Montréal en 2019.

Je trouve essentiel qu’un roman tel que 1984 soit publiĂ© par des maisons d’édition indĂ©pendantes, au QuĂ©bec comme en France. Étant donnĂ© l’engagement d’Orwell pour la libertĂ© intellectuelle et contre l’oligarchie, c’Ă©tait un Ă©norme contresens politique que l’Ă©dition française 1984 reste entre les mains d’un grand groupe qui concentre un tel pouvoir Ă©conomique. Rappelons qu’une partie du capital de Madrigall, la holding de Gallimard, appartient au gĂ©ant du luxe LVMH, la cinquiĂšme entreprise la plus riche de France, qui dĂ©pense prĂšs de 5 milliards d’euros par an en publicitĂ©.

CĂ©lia Izoard Ă  Sylvano Santini pour la revue Spirale, 2019
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https://www.lechappee.org/sites/default/files/styles/couverture_ouvrage/public/images-ouvrages/Les-luddites-en-France.jpg?itok=SoaWT4Hl
RĂ©sistance Ă  l’industrialisation et Ă  l’informatisation. CoordonnĂ© par CĂ©dric Biagini et Guillaume Carnino. L’ÉchappĂ©e, 2010.

L’action directe contre l’informatisation (1960-1990)

”Or, ce qu’on oublie souvent, c’est que ces craintes exprimĂ©es Ă  l’endroit des hackers s’inscrivent dans le contexte d’une longue sĂ©rie de sabotages et de destructions physiques d’équipements informatiques par des groupes associĂ©s Ă  la gauche radicale. En France, les travaux de Celia Izoard sur les rĂ©sistances Ă  l’informatisation ont par exemple permis de sortir des oubliettes le groupe toulousain du CLODO. Ce « ComitĂ© pour la libĂ©ration ou le dĂ©tournement des ordinateurs » fut responsable de plusieurs incendies et explosions visant des fleurons du secteur informatique et des administrations publiques entre 1980 et 1983.

Mais les actions du CLODO ne sont pas isolĂ©es. Elles s’inscrivent dans un contexte beaucoup plus gĂ©nĂ©ral oĂč, depuis depuis les annĂ©es 1960, l’« action directe » pratiquĂ©e par certains militants prend rĂ©guliĂšrement pour cible les centres informatiques de grandes entreprises ou d’institutions liĂ©es au complexe militaro-industriel (voir les exemples ci-dessous). Pendant des annĂ©es, ces destructions matĂ©rielles ont rythmĂ© l’actualitĂ© (des sources Ă©voquent de l’ordre de deux-cent opĂ©rations de ce type sur une vingtaine d’annĂ©es), et il est probable qu’elles aient eu une influence dĂ©terminante sur des formes de sabotage moins violentes et plus « situĂ©es » (par exemple les travailleurs sabotant leur outil de travail informatique), et plus largement sur les multiples formes de rĂ©sistance Ă  l’informatisation qui se font jour Ă  l’époque (rĂ©sistances qui, prises ensemble, dominent assez largement l’apprĂ©hension gĂ©nĂ©rale de cette technologie dans la sociĂ©tĂ©, au moins jusqu’à la toute fin des annĂ©es 1970, avant que l’opinion n’accepte finalement l’idĂ©e que l’informatisation puisse constituer un processus positif). Et pourtant, moins d’un demi-siĂšcle plus tard, ces oppositions radicales Ă  l’informatique sont passĂ©es Ă  la trappe de l’histoire.”

« La défense du projet émancipateur lié à Internet a échoué »

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https://www.socialter.fr/article/felix-treguer-la-defense-du-projet-emancipateur-lie-a-internet-a-echoue


Le petit livre de Celia Izoard, composĂ© de plusieurs textes sous forme notamment, de lettre Ă  des ingĂ©nieurs, brille par sa simplicitĂ©. D’une plume faussement naĂŻve, la journaliste questionne ceux qui façonnent les outils « du futur » – robots, logiciels – Ă  propos de leur responsabilitĂ© vis-Ă -vis du reste de le sociĂ©tĂ©. Sans moralisme, ni accusations mal placĂ©es, elle les appelle Ă  se rĂ©veiller.

Le premier texte d’Izoard, et aussi le plus long, s’adresse aux ingĂ©nieurs qui travaillent sur le vĂ©hicule autonome, qu’il soit utilisĂ© Ă  titre individuel ou collectif. VoilĂ  dĂ©jĂ  plusieurs annĂ©es que cet avenir de la mobilitĂ© – un parmi d’autres – est au centre de nombreux et passionnants questionnements. Cependant, la voiture autonome ne fait fondamentalement pas dĂ©bat, pas au sens politique en tout cas « car la technologie n’est pas censĂ©e ĂȘtre politique », ironise l’autrice. Sa dĂ©marche – s’adresser Ă  des ingĂ©nieurs – a cela d’utile et d’original qu’elle vise Ă  toucher ceux qui sont au cƓur de rĂ©acteur, sans doute Ă  dĂ©faut de pouvoir toucher le systĂšme Ă©conomique et ses logiques dans son ensemble.

« Aujourd’hui, vous mettez tout ce qui fait de vous des gens vivants et en mouvement au service de ce projet-lĂ  (
) C’est vous qui faites le boulot, et qui pourriez choisir de ne pas le faire. Â» Izoard, maligne, ne se contente pas de susciter le doute, mais bien de l’alimenter, chemin faisant, de ses propres inquiĂ©tudes concernant de tels vĂ©hicules.

InquiĂ©tudes sociales d’abord : Ă  quoi sert vraiment le vĂ©hicule autonome – au-delĂ  des vertus qu’on lui prĂȘte sans preuves – sinon Ă  rĂ©duire le coĂ»t de la force de travail ? Est-ce pour limiter le nombre d’accidents par exemple, qu’Uber dĂ©pense 20 millions de dollars par mois dans son dĂ©veloppement ? « Si c’est ça le progrĂšs, alors le progrĂšs est manifestement le nom qu’on donne au bon vouloir des milliardaires de la Silicon Valley, que les technocrates de tous les pays semblent retranscrire fiĂ©vreusement en politiques nationales dans la minute, de peur de rater une marche sur l’escalier de la croissance Â»

En Europe, des centaines de millions d’euros d’argent public font les choux gras d’une industrie automobile en quĂȘte de dĂ©bouchĂ©s Ă©conomiques. Peu s’interrogent cependant sur les effets directs qu’auraient ces projets sur l’urbanisme, la standardisation des routes, des villes, le dĂ©ploiement de capteurs par millions afin de rendre ces environnements lisibles et explicites pour des robots
 Sans parler de la quantitĂ© de donnĂ©es rĂ©cupĂ©rĂ©es au passage. Pourquoi une telle prioritĂ© dans les investissements ? « Pourquoi la premiĂšre urgence serait-elle de faire rouler des vĂ©hicules sans conducteur ? Â»

En effet, les vertus Ă©cologiques ou en terme de dĂ©carbonation de la mobilitĂ© ont de quoi faire douter. Izoard demande : « comment le principe mĂȘme de remplacer un conducteur ou une conductrice, qui n’a besoin pour conduire que de son propre corps, par des milliers de capteurs, camĂ©ras, lidars, batteries, processeurs, data centers pourrait ĂȘtre une rĂ©ponse Ă©cologique. »  La voiture autonome risque en effet de susciter un certain nombre d’effets rebond. Non seulement l’électronique embarquĂ© n’est pas neutre, ni du point de vue des ressources, ni de celui de la durĂ©e du vĂ©hicule, mais le nombre de trajets risque d’augmenter avec la facilitĂ© d’accĂ©der Ă  des vĂ©hicules Ă  la demande. Ainsi, une Ă©quipe de l’universitĂ© de Berkeley a offert Ă  plusieurs familles le service d’une voiture avec chauffeur soixante heures par semaine. « Cela permettait de simuler le confort apportĂ© par un vĂ©hicule autonome, capable de se conduire et d’aller se garer tout seul. RĂ©sultat : les distances parcourues par ces familles ont augmentĂ© de plus de 80% ! »

Quant au nombre de morts potentiellement Ă©vitĂ©s, argument philanthropique s’il en est, Izoard n’y croit pas une seconde. Pour elle, sĂ©curiser la route peut passer par d’autres moyens, comme multiplier les amĂ©nagements paysagers qui obligent Ă  ralentir, ou encore les passages piĂ©ton. En dĂ©finitive, l’autrice prĂ©vient ses lecteurs : le vĂ©hicule autonome ne fait que remettre Ă  plus tard des dĂ©cisions urgentes, et Ă  « phagocyter toute rĂ©flexion pratique sur les politiques de transport en commun. Â»

Sa vraie utilitĂ© reste d’économiser sur la main d’Ɠuvre, de soutenir un trafic croissant de camions, sans pour autant dĂ©senclaver le pĂ©riurbain ou soi-disant aider les personnes ĂągĂ©es Ă  se dĂ©placer. CĂŽtĂ© emploi, il n’y aurait pas grand-chose Ă  y gagner souligne-t-elle, Ă  part prolonger un mouvement d’automatisation qui risque de laisser un certain nombre de travailleurs sur le bas-cĂŽtĂ©. A-t-on envie de supprimer le travail de ceux qui conduisent ?  « RĂ©ussir Ă  emmener 50 personnes Ă  bon port en toute sĂ©curitĂ©, c’est un mĂ©tier. RĂ©gler les conflits dans un bus, renseigner les gens perdus, rĂ©agir au panel de situations hautement improbables qui peuvent survenir dans le cours d’une journĂ©e, c’est un mĂ©tier »  Un mĂ©tier ici rĂ©duit Ă  sa dimension instrumentale – conduire – au dĂ©triment de toute une classe de travailleurs, humiliĂ©s par une autre classe de professionnels pour booster les profits de quelques multinationales. Acerbe, la journaliste avertit ses lecteurs ingĂ©nieurs : « la technologie que vous dĂ©veloppez est l’instrument d’une guerre de classes. Une guerre silencieuse dans laquelle la bourgeoisie entrepreneuriale du numĂ©rique oeuvre, le plus souvent sans s’en rendre compte et en toute bonne conscience, contre la majoritĂ© des travailleurs et travailleuses. »

Les portes de sorties sont pourtant nombreuses, ne manque-t-elle pas de rappeler. Les ingĂ©nieurs qui font sĂ©cession sont nombreux (le livre termine avec une interview de l’un d’entre eux), et les projets alternatifs fleurissent, de l’Atelier Paysan (coopĂ©rative qui aide les agriculteurs Ă  fabriquer de machines et de bĂątiments adaptĂ©s Ă  une agroĂ©cologie paysanne), aux initiatives plus localisĂ©es, comme ce « bus scolaire Ă  pĂ©dale Â» expĂ©rimentĂ© Ă  Rouen pour le ramassage scolaire.

Dans la lignĂ©e de cette premiĂšre lettre, deux textes suivent et s’adressent respectivement Ă  Philippe SouĂšres et Jean-Paul Laumond, tous deux directeurs de recherche en robotique au Laas-CNRS. Sur un mĂȘme ton, Izoard interroge ces roboticiens et leur volontĂ© de faire entrer des robots chez les personnes ĂągĂ©es, dans les hypermarchĂ©s (pour remplacer les caissiĂšres), ou encore dans les entrepĂŽts. Quel sera l’impact sur ces travailleurs ? Cette quĂȘte d’automates est-elle exprimĂ©e par « la sociĂ©tĂ© Â», comme le prĂ©tendent parfois leurs concepteurs, ou par « des sociĂ©tĂ©s Â», celles pour qui ils travaillent et qui les financent ? Se rendent-ils seulement compte des implications sociales de leurs inventions ? En rĂ©-encastrant l’automatisation du travail dans un conflit de classe, Izoard rappelle ce qui est malheureusement trop souvent vrai : « la capacitĂ© d’un chercheur Ă  penser l’impact concret des technologies sur la vie des gens est proportionnelle aux distances sociales et physiques qui les sĂ©parent. Â» Ainsi, on ne s’interroge pas sur le nouveau rĂŽle dĂ©volu aux assistantes Ă  domiciles, qui devront ajouter Ă  leurs trajets non payĂ©s et Ă  leur rĂ©munĂ©ration dĂ©risoire, le soin de veiller Ă  ce que les robots pour personnes ĂągĂ©es ne buggent pas. Tout comme nous n’interrogeons que trop peu la façon dont Ă©volue le mĂ©tier de caissiĂšre au contact des caisses automatiques, ou encore la capacitĂ© de tels objets Ă  remettre sur la table le travail le dimanche et le travail de nuit.

La fin du travail quant Ă  elle, se fait toujours attendre. A chaque gĂ©nĂ©ration de machines, on prĂ©tend dĂ©gager les travailleurs des effets nĂ©fastes suscitĂ©s par les machines prĂ©cĂ©dentes
 « Quand admettra-t-on que l’automatisation totale n’est pas prĂšs d’exister, qu’il y aura longtemps de pauvres larbins coincĂ©s entre les machines d’hier et celles de demain ? Que le mythe des robots qui travailleront Ă  notre place n’est que l’horizon en perpĂ©tuelle dĂ©robade qui permet de rendre tolĂ©rable aujourd’hui la dĂ©gradation du travail humain par les machines ? Â»

Sans dĂ©tour, le livre de CĂ©lia Izoard est punchy, rĂ©ussi. Il laisse ouvertes certes, de grandes questions relatives au type de management dans les entreprises, qui joue pour beaucoup dans la conception et les conditions d’appropriation des outils. Il me semble nĂ©anmoins que l’essai a le mĂ©rite de ne pas cĂ©der Ă  une forme de rejet du progrĂšs technique sans concession â€“ qui peut avoir son intĂ©rĂȘt mais dans d’autres contextes, auprĂšs d’autres lecteurs. J’ai particuliĂšrement aimĂ© les rappels sociologiques, sur la rĂ©alitĂ© du travail, du quotidien, de la vie des gens. Un effort que nous avons aussi voulu faire dans « Technologies partout, dĂ©mocratie nulle part Â» en donnant Ă  voir concrĂštement ce qu’est l’automatisation d’une caisse dans un supermarchĂ©. De ce point de vue, je vois une belle complĂ©mentaritĂ© entre nos essais. Izoard vise juste, prĂ©cisĂ©ment parce qu’elle n’enjoint pas les ingĂ©nieurs Ă  tout abandonner, mais bien Ă  interroger leurs pratiques, et leur Ă©thique. Elle les sensibilise Ă  des questions sociales, Ă©cologiques, Ă©conomiques, et donc tout simplement politiques. Ceux-lĂ  ne ressortiront pas indemnes d’une telle lecture. A offrir donc, Ă  tous vos copains ingĂ©nieurs – qu’on aime bien quand mĂȘme.

Par IrĂ©nĂ©e RĂ©gnauld dans Mais oĂč va le web ? le 13 octobre 2020


Entretien de CĂ©lia Izoard avec la Revue Z

L’histoire du C.L.O.D.O. est bizarrement trĂšs peu connue. C’est une confĂ©rence lors du THSF en 2015, suivi d’une exposition l’annĂ©e suivante qui nous a donnĂ© envie de rouvrir ce dossier. Et plus exactement de recevoir la personne qui s’est le plus replongĂ©e dedans.

Nous recevons donc aujourd’hui CĂ©lia Izoard :

  • Journaliste indĂ©pendante
  • Contributrice Ă  la Revue Z
  • Traductrice d’ouvrages critiques sur la technologie
  • DĂ©favorablement connue des services de police

Usbek & Rica : L’incendie de la Casemate est bien une action politique

Dans la nuit du 20 au 21 novembre 2017, la Casemate de Grenoble, qui abrite l’un des principaux fablabs de France, a Ă©tĂ© incendiĂ©e.

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Foxconn, en Chine, fabrique des plaisirs modernes : iPhone, Kindle et PlayStation. Le fondateur du groupe l’affirme : «Un dirigeant doit avoir le courage d’ĂȘtre un dictateur quand c’est pour le bien de tous.» Mais, en 2010, une vague de suicides signale au monde le dĂ©sespoir Ă  l’Ɠuvre dans ces ateliers, comme Ă  Shenzhen Longhua, oĂč un ouvrier est payĂ© 500 euros par mois pour soixante heures de travail par semaine. L’ouvrage, qui inaugure la collection «Cent mille signes», donne Ă  lire trois textes : le portrait par une sociologue d’une ouvriĂšre qui a survĂ©cu Ă  sa tentative de suicide; le tĂ©moignage de Yang, un Ă©tudiant qui travaillait chez Foxconn; et les poĂšmes de Xu Lizhi, qui s’est tuĂ© en 2014, Ă  24 ans, pour ne pas Ă©prouver le bonheur d’ĂȘtre soumis : «J’ai avalĂ© une lune de fer qu’ils appellent une vis (
), avalĂ© la vie couverte de rouille. Je ne peux plus avaler.» En hommage, son collĂšgue Zhou Qizao lui Ă©crira ces quelques mots : «Une autre vis s’est desserrĂ©e, un autre frĂšre du travail migrant se jette du bĂątiment.»

Christophe Goby, Le Monde diplomatique, 2016.


Prologue-to-the-use-of-machines


La_guerre_high-tech-le-nettoyage-par-le-vide


Boucher-Romain-Dun-peu-de-lucidite-sur-les-ravages-du-techno-liberalisme-2020





In the nineteenth century, English textile workers responded to the introduction of new technologies on the factory floor by smashing them to bits. For years the Luddites roamed the English countryside, practicing drills and manoeuvres that they would later deploy on unsuspecting machines. The movement has been derided by scholars as a backwards-looking and ultimately ineffectual effort to stem the march of history; for Gavin Mueller, the movement gets at the heart of the antagonistic relationship between all workers, including us today, and the so-called progressive gains secured by new technologies. The luddites weren’t primitive and they are still a force, however unconsciously, in the workplaces of the twenty-first century world.

Breaking Things at Work is an innovative rethinking of labour and machines, leaping from textile mills to algorithms, from existentially threatened knife cutters of rural Germany to surveillance-evading truckers driving across the continental United States. Mueller argues that the future stability and empowerment of working-class movements will depend on subverting these technologies and preventing their spread wherever possible. The task is intimidating, but the seeds of this resistance are already present in the neo-Luddite efforts of hackers, pirates, and dark web users who are challenging surveillance and control, often through older systems of communication technology. (Verso Books)

Fully decelerated carbon neutral luddism. A Roundtable pt. 1

”When we consider Google employees not working on particular projects for the military or hackers refitting devices to serve alternative purposes, we are in the realm of people being selective and discerning about how technology is put to use and mindful of whose interests it serves.

What is left curiously ambiguous is what precisely is meant by the term ‘technology’. Computers, smart phones and Amazon wristbands that track workers are all technology, but so too are books, tools and William Morris’ arsenic-laden wallpaper. Sometimes the term “capitalist technology” is used when the author is referring to the development of the means of production, while at other points, it refers to a regime of workplace discipline, particular types of equipment within factories or computers and software. The real target of most of the book is not technical devices but systems of labour management.”



Nos voitures dorment en bas
Comme des bébés
Et la Soul Music traĂźne
Sur la bande F.M.
Il n’reste que du brouillard sur les chaĂźnes de tĂ©lĂ©
Y a quelque chose entre nous
Quelque chose qu’on aime
Mais si tu veux me dire
Ce que tes yeux veulent me dire
Je t’en prie, n’attends pas la fin de la nuit

DĂ©branche
DĂ©branche
Coupe la lumiĂšre et coupe le son
DĂ©branche
DĂ©branche tout
Débranche, débranche, débranche tout
Revenons Ă  nous
DĂ©branche tout

Le monde tient Ă  un fil
Moi je tiens Ă  mon rĂȘve
Rester maĂźtre du temps
Et des ordinateurs
Retrouvons-nous d’un coup au temps d’Adam et Ève
Coupe les machines Ă  rĂȘves
Écoute parler mon cƓur
Si tu veux m’entendre dire
Ce que mes yeux veulent te dire
Je t’en prie, n’attends pas la fin de la nuit

DĂ©branche
DĂ©branche
Coupe la lumiĂšre et coupe le son
DĂ©branche
DĂ©branche tout
Débranche, débranche, débranche tout
Revenons Ă  nous
DĂ©branche tout
DĂ©branche
DĂ©branche
DĂ©branche tout
DĂ©branche-toi
DĂ©branche tout
DĂ©branche
DĂ©branche
DĂ©branche tout
DĂ©branche tout

Paroles de Michel Berger pour France Gall, 1984