10/18, une collection

”Créée chez Plon par Paul Chantrel, avec la collaboration de Michel-Claude Jalard, et publiée par l’UGE, la collection « 10/18 » naît en mai 1962, neuf ans après le lancement par Hachette du « Livre de poche ». Dans un marché du poche en plein essor, cette nouvelle collection se distingue par son format – qui lui donne son nom –, la sobriété de sa couverture, et surtout par une ligne éditoriale audacieuse. « 10/18 » se veut une collection de poche qui ne soit pas un simple réceptacle du roman mais des textes les plus importants dans des domaines aussi divers que la littérature classique, la philosophie, les sciences humaines et sociales, la politique ou la religion. Des accords passés avec les Éditions de Minuit permettent de surcroît à « 10/18 » de publier des titres du Nouveau Roman, qui vont alors atteindre des tirages inédits. En 1964 est créée, avec Jean-Edern Hallier et Dominique de Roux, « L’Herne 10-18 » qui a pour dessein de publier des œuvres inédites d’écrivains au début de leur carrière. En 1966 et 1967, la collection s’ouvre à l’histoire de l’art avec la « Collection d’art Unesco 10/18 ». Le catalogue de « 10/18 » est ainsi pour le moins éclectique : le général de Gaulle voisine avec Machiavel, Baudelaire avec Mao Tsé-toung, Michel Butor avec sainte Thérèse d’Avila. Par ses choix éditoriaux, « 10/18 » s’adresse à un lectorat restreint, constitué essentiellement d’universitaires. Ce pari ambitieux, celui de publier des textes difficiles à un prix modique, n’ira pas sans difficultés et c’est une collection en net déclin que reprendra, en 1968, Christian Bourgois.”



La période Christian Bourgois, entre 1969 et 2019, est celle que j’ai le plus souvent achetée ces dernières années. Particulièrement les sciences les Beats et leur entourage cosmopolite, Claude Pélieu et Mary Beach (parmis les premiers traducteurs de Ginsberg, Kerouac, Burroughs, Miller) du nouveau roman et de la critique littéraire, beaucoup de sciences sociales. Bourgois fait aboutir et fait traduire, il introduit ou ré-introduit le fantastique (Tolkien, Lovecraft) et accumule les grandes oeuvres complètes jamais compilées auparavant (Jack London, Stevenson, Sade ou même Vian). Il y a aussi l’actualité de la recherche d’alors, particulièrement la linguistique, la philosophie des sciences ou l’histoire de l’art. Les titres phares de la littérature féministe aussi, Duras, de Beauvoir, Laure, Flora Tristan, Catherine Clément et Hélène Cixous notamment dans la série Féminin Futur. Ce sont néanmoins les couvertures aux couleurs criardes, pop qui me plaisent le plus, et font de cet ensemble de petits livres fragiles, qui s’autrodétruisent presque si on souhaite les lire vraiment, la seule collection qui me soit un brin précieuse dans ma bibliothèque.

Sorel-Patricia-Les-debuts-de-10-18-1962-1968

Christian-Bourgois-sur-Tolkien-entretien-V-Ferré

Patricia Sorel : Les débuts de « 10/18 » (1962-1968) : « une petite révolution dans l’édition française